Œuvres ouvertes

La Main de sable : hordes

Apparition du gibier dans les villages

Ils sortaient des fourrés où on les avait vus pénétrer il y avait longtemps et déboulaient dans les villages, ravageant les plates-bandes qui étaient depuis peu la fierté des nouveaux campagnards venus des villes. Ils couraient dans tous les sens, sans jamais se séparer les uns des autres, glissant, tombant parfois, mais pour se relever aussitôt et reprendre leur course folle à travers les rues et les ruelles.

On rapportait que certains animaux avaient fait intrusion dans des écoles qu’ils avaient traversées à toute allure en renversant tables et chaises, et que les enfants et leurs professeurs terrifiés avaient pu se réfugier de justesse dans un coin de la salle, sains et saufs.

Ces hordes de sangliers étaient apparues dans différents pays à la même période, sans qu’on pût savoir quelle était la cause de ces courses désespérées d’animaux réputés comme farouches et peu disposés à sortir de leurs forêts. Bientôt, on les considéra comme un facteur de trouble à l’ordre public, et l’on se mit à organiser des battues visant à exterminer ces hordes au comportement totalement imprévisible.

Mais celles-ci furent un échec, car – comme on le constata très vite – les sangliers avaient quitté leurs anciens territoires et se déplaçaient constamment.

© Laurent Margantin _ 18 avril 2010