Œuvres ouvertes

Anecdote : Le juge embarrassé / Heinrich von Kleist

l’amende ou la mort

Un soldat de ville du nom de ……..r avait, il n’y a pas si longtemps de cela, quitté son poste sans la permission de son officier. Conformément à une très ancienne loi, un tel crime, considéré comme très grave, était puni par la mort. Cependant, sans que la loi ait été abrogée par quelque sentence, on ne fait plus usage de celle-ci depuis de nombreux siècles ; si bien que, plutôt que de condamner à mort celui qui s’est rendu coupable, on lui inflige, selon un usage établi, une simple amende qu’il doit régler à la caisse municipale. Mais l’homme en question, qui ne devait avoir aucune envie de payer cette somme, expliqua, à la stupéfaction du magistrat : que lui, parce que, conformément à la loi, c’était là sa peine, voulait mourir. Le magistrat, qui crut à un malentendu, envoya un député auprès de l’homme, et lui fit comprendre combien il serait pour lui plus avantageux de s’acquitter de quelques florins plutôt que d’être arquebusé. Mais l’homme ne se laissa pas convaincre, affirmant qu’il était fatigué de vivre et voulait mourir ; si bien que le magistrat, qui ne voulait pas répandre de sang, n’eut pas d’autre choix que d’exonérer le coquin de l’amende, et fut même content lorsque celui-ci déclara que, dans des circonstances si favorables, il voulait rester en vie.

© Heinrich von Kleist _ 11 octobre 2010

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